Liberté – Journée d’étude et hommage à Nezzal Amor à l’université de Batna : Apulée des temps modernes…

Le département de langue et culture amazighes de l’université de Batna a célébré, hier, la Journée mondiale des langues maternelles, qui coïncide avec le 21 février de chaque année. Cette célébration s’est organisée autour d’un hommage à une figure auressienne qui s’est illustrée dans le domaine de la recherche : Nezzal Amor, qui a même été un précurseur dans ce domaine, toutes disciplines confondues : langue, toponymie, anthropologie, lexique… D’ailleurs, un livre consacré à toutes ces disciplines a été édité en 1961. Amor Nezzal, diplômé de la medarsa de Constantine et titulaire d’un diplôme en langue arabe de l’université d’Alger, a également obtenu une licence à Paris. Il s’inscrit comme auditeur libre en 1932 à l’École des langues orientales, passe l’examen d’admission en 1933 et obtient un diplôme de berbère. Il occupe plusieurs postes, par la suite, notamment celui de traducteur et de professeur d’arabe. Amor Nezzal a, en outre, collaboré avec André Basset sur un travail ethnolinguistique du parler des Ah Frrah, c’est-à-dire dans son propre village. Lors de ce travail de recherche, Nezzal s’est distingué par son travail de proximité méticuleux et professionnel ; il se mêlait aux assemblées des anciens, qu’il questionnait longuement, ce qu’il faisait aussi au sein de sa propre famille. Il avait un souci de transcrire la langue maternelle qui n’avait pas de support et c’est ce qu’il a fait, avec ce travail qui est toujours disponible et qui reste unique. Lors de cette journée d’étude et hommage, le docteur Khadija Nezzal Adel (également petite- nièce du chercheur) a présenté aux étudiants une brève mais intéressante biographie de cet amoureux du patrimoine chaoui, surnommé “Apulée des temps modernes” ou “l’érudit Juba”. Mettant en exergue à la fois ses textes et son parcours atypique, Khadidja Nezzal Adel a estimé que “tout semble intéresser le chercheur”, notamment l’architecture, le parler des gens, les noms des lieux, l’accoutrement, etc. Le docteur n’oublie pas de signaler que Amor travaillait “dans l’urgence”. “Il faisait un peu le pompier conscient du danger qui guette le patrimoine matériel et immatériel de son village natal, pour qui il avait un grand amour.”
En outre, le représentant du Haut-Commissariat à l’amazighité, Boudjemaa Aziri, a souligné que “le HCA accorde une grande importance à la fois à la Journée mondiale des langues mère pour la prise en charge et la promotion de la langue amazighe qui est la langue maternelle de quelque 30% des Algériens”. Et d’ajouter : “Le département de langue et culture amazighes, fraîchement inauguré, joue pleinement son rôle puisque on constate déjà que la prise en charge et la réhabilitation des grandes figures de la culture amazighe telles Amor Nezzal est au programme et c’est tant mieux.”

R. H.