L’Expression – Journée d’étude du HCA : le livre amazigh, cap sur la traduction

Tous les participants à cette rencontre se sont accordés à dire que l’étape de la revendication doit désormais céder le pas à celle de la production écrite littéraire.

La journée spéciale dédiée au livre d’expression amazighe, initiée et organisée par le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), s’est déroulée en présence de Hamid Grine ministre de la Communication et Azeddine Mihoubi, ministre de la Culture ainsi que de nombreux écrivains à l’instar de Mohamed Sari, Habib-Allah Mansouri, Djoher Amhis, Abdennour Abdesselam, Nora Tigziri, Mohand-Akli Salhi… Tous les participants à cette rencontre se sont accordés à dire que l’étape de la revendication doit désormais céder le pas à celle de la production écrite littéraire. La journée d’étude consacrée au livre amazigh et organisée jeudi à la salle Ali-Maâchi dans le cadre de la vingt-et-unième édition du Salon international du livre d’Alger a obtenu un écho des plus favorables auprès des écrivains amazighophones, arabophones et francophones. Comme il fallait s’y attendre, cette journée d’étude a été d’abord mise à profit par les responsables du Haut Commissariat à l’Amazighité afin de présenter une partie des trente-quatre nouveaux livres en tamazight que cette institution a édités à l’occasion du Sila-2016. Il y a d’ailleurs lieu de souligner qu’une mini-exposition de ces mêmes livres a été organisée sur place à la salle Ali Maâchi et les visiteurs pouvaient feuilleter lesdits livres, avant de pouvoir les acheter au niveau du stand du HCA au Pavillon central.

L’exil et la mémoire…

Durant la séance de la matinée, il a été fait une démonstration des concepts d’applications informatiques pour l’élaboration de corpus amazighs avant que l’artiste Nora At Brahim ne fasse une présentation de son ouvrage «Les berceuses algériennes de Kabylie», suivie d’une vente-dédicace de l’ouvrage aussi bien en édition papier que CD, coédité par le Haut Commissariat à l’Amazighité en collaboration avec les éditions «Voir par le Savoir». Le programme s’est poursuivi dans la même salle avec notamment des séances de lectures croisées, français-tamazight ou arabe-tamazight, des livres traduits par des auteurs pour le compte du HCA. C’est le cas en premier lieu du livre : «L’exil et la mémoire, lecture des romans de Taos Amrouche» de Djoher Amhis dont la traduction a été effectuée par l’écrivain Abdennour Abdesselam, qui était d’ailleurs présent à la rencontre. Le public a pu ainsi suivre cette originale façon de présenter un ouvrage traduit en écoutant successivement la lecture d’extraits du livre aussi bien en français qu’en arabe. Un exercice qui s’est poursuivi en milieu d’après-midi, d’abord en présence de Azzeddine Mihoubi, ministre de la Culture dont le roman «Tasilia» a été traduit par le professeur Mhammed Djellaoui, chef du département de langue et culture berbères de l’université de Bouira. Il en a été de même pour le roman «La nuit du hénné» de Hamid Grine, ministre de la Communication, qui a fait l’objet d’une traduction vers tamazight par Tahar Boukhenoufa. Le ministre de la Communication, Hamid Grine, a d’ailleurs exprimé sa grande satisfaction d’être traduit en tamazight mais aussi d’être présent à cet événement culturel dédié «à notre langue», selon l’expression employée par le ministre lui-même.

Parler de ministre

Hamid Grine a souligné lors de son intervention de clôture de la journée d’étude en question : «Avant de répondre favorablement à l’invitation qui m’a été faite par Si El Hachemi Assad, secrétaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité, il y a une vingtaine de jours, de venir prendre part à cette rencontre en tant qu’écrivain, je dois avouer que j’ai hésité car je n’aime pas mélanger entre ma fonction de ministre et ma vocation d’écrivain. Mais, après réflexion, je me suis dit : tamazight est notre langue, et je dois faire une exception à notre langue». Hamid Grine a ajouté que le Ministère de la Communication, qu’il dirige, se tient au service du Haut Commissariat à l’Amazighité pour l’aider à semer le terrain fertile et riche de la langue amazighe «qui est la nôtre et qui est belle». Avant cela, le programme de la journée dédiée au livre amazigh au Sila s’est poursuivie avec une autre lecture croisée du roman de Mohamed Sari traduit de l’arabe vers le français par Habib-Allah Mansouri, auteur, entre autres, d’une autre traduction, celle du «Petit prince» de Antoine de Saint-Exupéry, en langue amazighe. De son côté, Nora Tigziri, professeure au département de langue et culture amazighes de l’université «Mouloud-Mammeri» de Tizi-Ouzou et directrice du Laboratoire d’aménagement et d’enseignement de la langue amazighe (Laela), a fait un exposé de son projet de base de données numériques de la terminologie de spécialités en tamazight. Le projet en question a obtenu un Prix de la part du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a précisé la conférencière. Enfin, Si El Hachemi Assad, secrétaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité a pris la parole pour conclure. Il a rappelé : «On voulait que cette journée dédiée au livre amazigh soit articulée autour du travail. Elle a aussi pour objectif de mettre en exergue le saut qualitatif en matière d’édition de livres en tamazight et ce, en partenariat avec l’ENAG, l’ANEP et l’OPU mais aussi avec des éditeurs privés selon un cahier des charges.» L’orateur a rappelé que la coédition avec le HCA permet désormais au livre amazigh d’être disponible à la vente dans toutes les librairies du pays. «Au HCA, nous avons une orientation qui consiste à renforcer tamazight avec tous les partenaires et d’assurer sa présence dans tous les espaces», a ajouté Assad. Ce dernier a rappelé, que l’année 2017 sera celle des défis car elle sera celle du premier anniversaire de l’officialisation de la langue amazighe. Selon l’orateur, durant cette année, il sera question de concrétiser l’ensemble des conventions signées avec les universités de plusieurs wilayas du pays, mais aussi celle d’encourager et de concrétiser les travaux de traduction vers tamazight dans le cadre de résidences d’écriture dédiées spécialement à ce travail colossal, mais indispensable.

Aomar Mohellebi

L’Expression du samedi 05 novembre 2016