El Watan – La caravane Mouloud Mammeri fait halte à Aïn Témouchent et à Tlemcen : Les sites web en tamazight en question

Après avoir sillonné plusieurs wilayas d’Algérie, comme Annaba, Jijel et Boumerdès, la caravane, organisée par le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) pour marquer le centenaire de l’écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri, fait escale, cette fois-ci, à l’ouest du pays.

Ainsi, mercredi et jeudi, des activités ont eu lieu à Aïn Témouchent, où un symposium sur l’usage de tamazight dans les médias électroniques institutionnels a été animé par des universitaires et des représentants des ministères de la Communication, la Culture, l’Environnement, le Tourisme et celui des Postes et des Technologies du numérique ainsi que des professionnels du domaine. Les intervenants ont mis l’accent, mercredi, sur les mécanismes susceptibles d’aboutir à la mise en place d’une plateforme, comme l’a précisé Samir Arkam, directeur d’une agence de communication orientée web. «Depuis février 2016, le statut juridique conféré à la langue amazighe par la nouvelle Constitution lui permet d’intégrer progressivement le paysage institutionnel algérien. Désormais, elle peut investir les nombreux terrains de l’usage, à commencer par celui des institutions de l’Etat.» Au vu des nouvelles dispositions, le HCA & Novencom ont amorcé «la réflexion pour apporter des réponses concrètes à ce besoin institutionnel de promouvoir et de développer la langue amazighe dans le secteur de la communication, notamment dans le segment des médias électroniques», a-t-il fait remarquer avant de parler du statut et du cadre juridiques de la langue amazighe.

Il s’agit, selon lui, de la nouvelle vision du HCA : «Réhabilitation de tamazight en tant que repère fondamental de la personnalité nationale.» Il a également rappelé, entre autres, les expériences et certains acquis sur le terrain pour l’introduction de tamazight dans les institutions (APS, CNAS, CNR, etc.).

De son côté, Akli Ouamara, ingénieur en informatique, a donné une communication sous le thème «Le monde du web et la place de tamazight».

Polices de caractère

Il citera, en outre, le problème de polices qui se posait auparavant pour les caractères spéciaux, comme ɣ et ɛ, mais avec «l’apparition de la police unicode qui se code sur 64 bits, ces dernières prennent en charge tous les caractères. Donc l’utilisation de police unicode avec un codage UTF-8, on peut répondre parfaitement à la présentation du texte en tamazight sur le web en respectant quelques configurations dans la conception des sites». Et d’ajouter : «Pour les sites interactifs où les internautes vont interagir sur le site, le problème du clavier se pose sérieusement, car l’utilisateur doit installer séparément le clavier sur son ordinateur.

Quoi que le problème est résolu pour les utilisateurs de Windows à partir de sa version 8, où une convention de l’Ircam avec Microsoft a été signée pour l’intégration de tamazight dans le système d’exploitation Windows.» «Pour les smartphones, le problème est toujours d’actualité. Il est souhaitable que nos instituions pensent à signer une convention avec Android et MacOS pour l’intégration de tamazight dans les portable», a-t-il expliqué. Mustapha Aït Mouhoub, journaliste à l’APS, a parlé de l’expérience de lancement de la version tamazight au niveau de l’agence officielle.

Traduction

Houari Bessai, enseignant à l’université de Saïda, a évoqué les problèmes liés à l’aménagement de la langue en proposant des approches modernes ayant trait à la sociolinguistique. Mokrane Chikhi, maître-assistant au département de langue de culture amazighe de Béjaïa, a axé son intervention beaucoup plus sur les travaux issus de l’atelier de traduction mis en place par le HCA. Pour sa part, Youcef Necib, sociologue et spécialiste de la littérature amazighe, a rappelé aussi que le HCA a formé une cinquantaine de traducteurs, dont 8 sont, a-t-il précisé, déjà opérationnels. Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, a souligné, dans son allocution, la nécessité de prendre en charge le volet en question afin de permettre, dans un premier temps, aux institutions de  lancer des sites web en tamazight.

Cela, a-t-il ajouté, s’inscrit dans une démarche visant la généralisation de cette langue, notamment après son officialisation. Les membres de la caravane du centenaire Mouloud Mammeri se sont rendus hier à Oran, où ils ont visité le siège de l’association Numidia, une structure qui travaille pour  la promotion de la langue amazighe.  Une convention de partenariat a été signée, à l’occasion,  par  Numidia avec l’association d’Amitié pour échange, loisirs et promotion des initiatives et d’insertion de jeunes d’Illizi qui est également partenaire avec le HCA, notamment dans l’organisation du Festival de la poésie amazighe.

Cette manifestation culturelle est prévue pour le mois d’octobre prochain dans le cadre des festivités du centenaire de Mouloud Mammeri. Notons aussi qu’aujourd’hui, la même délégation atterrira à Tlemcen pour prendre part à un riche programme d’activités centré autour de l’apport de Mammeri à la Guerre de libération nationale. Enfin, il est utile de souligner que les rencontres de Aïn Témouchent et de Tlemcen sont organisées par le HCA en partenariat avec le ministère de la Communication et celui des Moudjahidine.

Hafidh Azzouzi