El Moudjahid – Note de lecture, «Regards croisés sur Apulée», actes du colloque international de Souk-Ahras : Un numidien à la conquête du monde

Ayant réuni, du 30 mai au 1er juin, un grand nombre de chercheurs et de spécialistes de la question amazighe, pour beaucoup d’Algériens, maghrébins et quelques doctorants étrangers, l’événement, qui s’est déroulé en 2015, a fait l’objet d’une publication à la présentation de bonne facture en langues française et arabe, aussi bien pour la pagination en couleur que la qualité du papier.

Le mérite revient aux éditions Enag en collaboration avec le Haut commissariat à l’Amazighité, qui ont bien voulu donner une forme écrite définitive avec un ouvrage qui inscrira dans la pérennité l’ensemble des communications et conférences présentées par près de 16 universitaires. Le colloque, qui croise un certain nombre de lectures et de références que l’on a réalisé à partir de l’ouvrage intitulé «L’Ane d’or ou les métamorphoses», rédigé sous la forme de plusieurs volumes en langue latine et conservé aujourd’hui dans les bibliothèques européennes, est revenu sur le choix de cet auteur berbère de l’antiquité dans une séance inaugurale présentée par les journalistes Maâmar Farrah et Arezki Metref. Ce dernier dresse d’ailleurs l’autoportrait d’Apulée par procuration à travers ces lignes : «A travers les éléments autobiographiques semés dans ses livres, il se dresse un portrait d’Apulée qui est comme ce que l’on appellerait aujourd’hui une selfie, une photo prise de soi-même et commentée par les autres. Apulée sur lui trop ou pas assez : on sait qu’il était soigneux de sa personne, qu’il adorait l’étude, qu’il avait de l’ambition intellectuelle et même politique.

On sait aussi qu’il était riche d’avoir hérité de son père, qu’il voyageait beaucoup et qu’il revendiquait son appartenance numide et Gétule.»  Mais qui était au fait ce premier romancier qu’ait connu l’humanité et qui naquit chez nous et dont les rhéteurs patentés d’autres civilisations et cultures ont analysé l’œuvre en termes bien élogieux sous d’autres cieux et que le commun des algériens ignore l’existence à moins d’être versé dans l’histoire la plus reculée et les courants de philosophie grecs ?  Dans un argumentaire qui fait office de préface à l’ouvrage que nous avons consulté, on peut lire : «Auplée, fils de Madaure ‘’actuelle M’daourouche) écrit ses «Métamorphoses» en latin, et donna ainsi à la littérature, de l’avis de nombreux critiques, un de ses plus beaux textes. Il imposa aussi une véritable métamorphose à l’écriture de son temps, il en dessina une nouvelle ligne que ses contemporains considèrent comme révolutionnaire. L’histoire retient de cet homme touche-à-tout au parcours exceptionnel, une maîtrise de la rhétorique, de la sophistique en général.» L’homme était essentiellement un féru de philosophie, une science à part entière qu’il revendiquait face à ses pairs, il aimait par-dessus tout apprendre et connaitre tout de la nature tout court mais également de la nature humaine. C’est ainsi qu’il s’était fait une place parmi les illustres et s’est même vu construire une stèle de son vivant en guise de reconnaissance à son savoir encyclopédique : « Cette multi-culturalité très visible dans son œuvre majeure ‘’L’Ane d’or’’, fera de lui un méditerranéen, un universel. L’œuvre et la vie d’Apulée méritent d’être revisitées et d’y poser un regard pour dégager une réflexion profonde sur l’apport de cet illustre personnage de la littérature, en particulier, et à la civilisation universelle en général», écrit le préfacier à l’ouvrage qui présente l’ensemble succinct des interventions et une petite biographie des auteurs dans ce colloque où les chercheurs ont interrogé ces textes majeurs pour réécrire l’histoire de cette époque, étudier le cadre spatio-temporel dans le quel a évolué Apulée tout en quêtant dans cette histoire où un homme transformé en âne subissant toutes les misères du monde, raisonne en réalité comme un homme plein de sagesse. Les intervenants dans ce colloque qui avait une double visée : saisir Apulée de manière transversale en explorant ses écrits et les relations qu’il tisse avec son environnement socioculturel. et l’autre visée, quant à elle, était de considérer le regard que pose le monde littéraire d’aujourd’hui sur cet homme en examinant d’abord ces points ou ces axes : la situation géopolitique de la Numidie, la vie et l’éducation d’Apulée, l’inter-culturalité de l’œuvre, l’aspect amazigh de l’œuvre, l’influence de cette dernière dans la pensée maghrébine et enfin la réappropriation de cette œuvre monumentale dans la réédition, l’adaptation et la traduction par exemple. Autant de pistes qui nous permettraient d’étudier et de lire l’œuvre, de la fixer dans un espace de culture et de la rendre accessible à tous.

Lynda Graba