El Moudjahid – Manuel d’apprentissage du Touareg et Dictionnaire de l’agriculture en kabyle

Deux nouvelles parutions entièrement écrites en langue amazighe viennent de voir le jour. Elles viennent étoffer le champ éditorial qui a entamé dans cette direction, grâce à de jeunes auteurs et spécialistes linguistiques, le travail d’écriture en s’appuyant sur les possibilités scripturales infinies qu’offre la plus ancienne langue parlée à ce jour dans certaines régions, et dont l’existence remonte à des millénaires, par les populations autochtones d’Afrique du Nord au temps de la lumineuse civilisation numide. C’est la toute première fois que le Haut Commissariat à l’Amazighité se lance, pour la sauvegarde et dans le même temps la vulgarisation du berbère, dans la publication de livres par l’entremise de la coédition, pour produire et acheminer vers un lectorat dont on aurait tort de nier la présence puisque des départements en langue amazighe sont engagés depuis plus d’une décennie dans la formation universitaire avec chaque année une bonne moisson d’étudiants qui font montre d’un grand travail d’érudition en écrivant dans leur langue maternelle dans le but de donner un sens nouveau à leur affirmation identitaire mais également en faisant œuvre de prospection lexicale, syntaxique et thématique pour enrichir l’édition algérienne en général et amazighe en particulier. C’est avec beaucoup de bonheur et de satisfaction que nous saluons la sortie d’un manuel d’apprentissage touareg sous le titre «Adlisfus i ulmad n tmaherɣt», de Yacine Zidane, et d’un dictionnaire de l’agriculture en kabyle intitulé «Asegzawal n tfellaḥt n teqbaylit», de Mohand Ou Remtane Ighit. Ces deux ouvrages sont le résultat de la collaboration étroite entre le HCA et les éditions «Tira» qui se sont associées dans le cadre du dispositif de soutien aux projets d’études et de recherches, entamés il y a deux ans, pour permettre à des chercheurs, dans le cas qui nous concerne, de trouver des éditeurs qui ont la maîtrise de la graphie amazighe tels que les caractères originaux, du moins les plus utilisés selon la langue, adoptés actuellement par les connaisseurs, pour publier sans traduction -ce qui semble être un parti pris commun- les travaux d’étude récents. Les deux livres aux thématiques intéressantes et faisant l’objet d’analyses et de recherches fouillées dans leurs domaines respectifs, dans la mesure où elles peuvent attirer le regard d’un lectorat spécialisé ou porté sur la question, donnent à lire, pour tous ceux qui voudraient mieux connaître le parler des populations de l’extrême-sud à travers les différentes tribus touarègues, une sorte d’ouvrage qui embrasse sur plusieurs chapitres tout ce qui a trait à la culture touarègue en commençant par l’histoire de la reine Tin Hinan, en passant par la vie de ce peuple pastoral qui parle le tamacheqt, une langue plusieurs fois millénaires, comme l’attestent les traces des gravures rupestres des premiers hommes qui ont habité la région. L’ouvrage nous introduit à travers le lexique particulier touarègue avec beaucoup de tableaux à l’appui, des dessins qui vont de la présentation de la tenue vestimentaire, des bijoux, de l’anatomie, des instruments de musique, des outils, des animaux, ainsi qu’un certain nombre de photographies, tout, absolument tout ce qui a rapport avec cette culture nous est décrit et surtout nommé avec les termes d’origine. L’auteur, Zidane Yacine, de ce précieux livre, qui a réalisé avec cette publication un sérieux travail de recherche, une étude scientifique qui a dû nécessiter des années de recherche, est natif de Bejaia en 1981 et a suivi une formation de sociolinguiste qui semble lui avoir bien servi pour peaufiner une recherche détaillée et précise. S’agissant du second ouvrage signé Mohand Ou Remtane Ighit, il se présente sous la forme de chapitres qui forment un grand ensemble, qui constitue le principe même du dictionnaire, présentant par ordre alphabétique le vocabulaire kabyle employé par les paysans travaillant la terre, autrement dit les agriculteurs dans les régions montagneuses. Ce dictionnaire conserve sa forme tout en joignant à chaque lettre, paragraphe après paragraphe, des chiffres qui permettent aux lecteurs de retrouver le mot recherché. Il s’agit d’une thèse présentée également à l’université par un étudiant pour un magister en langue amazighe. Le livre, qui s’avère d’utilité publique pour les locuteurs berbérophones, donne un large aperçu sur le lexique des cultivateurs qui travaillent la terre et connaissent bien toutes les plantes, fruits et légumes de la région kabyle. Il nous introduit dans cet univers si familier au montagnard pour qui la nature n’a aucun secret et qui continue de labourer et semer avec des outils anciens et des techniques ancestrales. Ces deux ouvrages, qui comportent chacun à sa façon un intérêt de lecture, puisqu’ils mettent en valeur des pans du patrimoine amazigh avec néanmoins un contenu qui ne présente pas une traduction qui aurait été insérée dans la seconde page du texte en berbère, sont de bonnes contributions à l’apprentissage de la langue elle-même, étant la meilleure manière de fixer une mémoire orale qui possède ses propres limites dans la préservation d’une langue, d’où la nécessité de la conserver à travers la canal de l’expression écrite qui est aussi un gage de savoir inestimable.

Lynda Graba

El Moudjahid du mercredi 3 mai 2017

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